Quatre raisons pour lesquelles les écrans nous font grossir.

Smartphone, télévision, tablette, consoles de jeu, réseaux sociaux, Internet… Les écrans ont envahi nos vies. C’est un problème, car les liens entre leur utilisation et le surpoids ou l’obésité sont maintenant clairement démontrés par les recherches scientifiques, aussi bien chez les enfants que chez les adultes.

Quatre raisons pour lesquelles les écrans nous font grossir.
Quatre raisons pour lesquelles les écrans nous font grossir.

Aujourd’hui, près d’un Français sur deux est en surpoids ou obèse, ce qui constitue une préoccupation majeure en termes de santé publique, car cet état favorise notamment le développement de diabètes, cancers ou problèmes cardio-vasculaires, des pathologies qui sont à l’origine de milliers de décès prématurés chaque année. En outre, l’obésité est associée à des troubles anxio-dépressifs, et donc à un certain mal-être au quotidien. Sur le plan économique, son coût est considérable : environ 20 milliards d’euros par an.

Ce problème est d’autant plus marqué que le temps passé à regarder des écrans ne cesse d’augmenter, notamment chez les jeunes, et est devenu la première activité humaine, en dehors du sommeil. Comment les liens entre écrans et prise de poids opèrent-ils ? Quatre mécanismes ont été mis en évidence.

Les écrans incitent à grignoter et à trop manger

Plus les enfants et adolescents regardent des écrans, plus ils consomment des produits de mauvaise qualité nutritionnelle (bonbons, gâteaux, fast-food, boissons sucrées, snacks salés… …) et ce, sans forcément avoir faim. Résultat : l’apport énergétique qu’ils emmagasinent est trop élevé. Qui plus est, les jeunes concernés consomment des quantités insuffisantes de fruits et légumes. Il s’agit bien d’une influence des écrans, puisque lorsqu’on demande aux enfants et adolescents de moins les utiliser, le nombre de calories qu’ils ingèrent diminue, tout comme leur surpoids.

Par ailleurs, les adultes déjeunant ou dînant devant un écran sont nombreux, smartphone ou télévision en tête. Notre attention, captivée par les images et les sons, n’est plus dirigée sur nos sensations liées à l’acte de manger. La satiété, qui devrait normalement nous faire arrêter de manger quand elle survient, n’est plus perçue. Conséquence : les quantités ingérées augmentent en moyenne de 25 % ! Une solution pour remédier à cette situation serait de mieux orienter son attention sur l’acte de manger. S’y adonner lentement, en pleine conscience, dans la convivialité et sans écran.

Les écrans provoquent de la sédentarité

Les écrans sont utilisés le plus souvent en position assise et statique, augmentant indéniablement la sédentarité. Certes, les dépenses énergétiques diffèrent selon le contenu et les activités effectuées. Par exemple, regarder la télévision consomme moins d’énergie que jouer à des jeux vidéo. Mais quoi qu’il en soit, un cercle vicieux s’installe. Plus on regarde les écrans, plus on est sédentaire, plus on prend du poids, plus il est difficile de bouger et plus on reste devant ses écrans…

L’augmentation du temps consacré aux écrans diminue-t-elle le temps consacré aux activités physiques, notamment chez les enfants et les adolescents ? La question n’est pas complètement tranchée. Si on observe une corrélation négative entre l’exposition aux écrans et la pratique d’activités physiques modérées ou élevées, le lien de causalité n’est pas encore clairement établi. Des chercheurs ont demandé à des jeunes de baisser leur temps d’écran : ils n’ont constaté qu’une faible augmentation de leur activité physique. D’autres recherches doivent cependant être menées pour mieux s’assurer du lien de causes à effets.

N’oublions pas que la sédentarité doit être distinguée de l’activité physique. On peut faire beaucoup d’activité physique, par exemple le week-end, et être sédentaire le reste du temps. Pour sa santé, on recommande donc d’agir sur les deux. Premièrement, de se lever et marcher au moins quelques minutes après avoir passé deux heures assis. Deuxièmement, de pratiquer au moins 30 minutes d’activité physique dynamique par jour. Marcher rapidement, par exemple, convient parfaitement.

Les effets délétères de la publicité pour la malbouffe

Sur les enfants et adolescents, la publicité alimentaire est véritablement « efficace » : elle provoque de meilleures évaluations des marques publicisées, qui seraient alors préférées aux autres. Elle a également des effets sur les comportements alimentaires effectifs en faveur de ces marques. Or, de nombreuses publicités concernent des aliments et boissons de mauvaise qualité nutritionnelle.

Qui plus est, il semblerait qu’une publicité pour les produits d’une marque donnée fasse également augmenter la demande pour l’ensemble de la catégorie d’aliments ou de boissons concernée. Par exemple, une publicité pour une marque de bonbons ferait vendre davantage de bonbons, toutes marques confondues. Le problème s’est accentué ces dernières années et ce, à deux niveaux

Premièrement, on remarque un développement intensif des moyens de communication numériques auxquels enfants et adolescents sont particulièrement exposés : publicités sur Internet, sur les mobiles (comme les plates-formes de musique gratuite en ligne) et sur les réseaux sociaux, jeux vidéo publicitaires spécifiquement fabriqués par les marques (advergames), insertion de marques au sein de jeu vidéo auxquels jouent habituellement les jeunes (publicité dite « in-game », par exemple dans la célèbre simulation de football Fifa)… Des travaux scientifiques récents montrent qu’adolescents et jeunes adultes sont plus influencés par les techniques de marketing numérique que par celles du marketing plus traditionnel.

Deuxièmement, on remarque des utilisations, de plus en plus fréquentes, de techniques de persuasion commerciale agissant sur les consommateurs à un niveau peu ou non conscient, plus précisément sur la mémoire et les attitudes dites « implicites ». Ainsi, les bannières publicitaires sur Internet provoquent-elles des effets favorables sur l’attitude à l’égard de la marque, sans même être vues consciemment sur l’écran. Le message numérique d’une marque à peine entrevu et aussitôt oublié laisse des traces favorables à la marque, laquelle reste présente en mémoire implicite au moins trois mois après l’exposition. Le développement du neuromarketing vise à accroître ce type d’impact, situé sous le seuil de conscience.

Les neurosciences pour vendre davantage

Le neuromarketing est l’utilisation des neurosciences et des sciences cognitives par les marques pour améliorer leurs stratégies de marketing et de communication. Ces pratiques persuasives utilisées pour vendre davantage réduisent d’autant plus la liberté des consommateurs qu’elles concernent des produits alimentaires et des boissons. En effet, ces derniers touchent des besoins biologiques de l’être humain qu’il est facile de « manipuler », de manière quasi subliminale, sans qu’il en soit conscient, notamment par des techniques de conditionnement évaluatif.

De nombreuses publicités alimentaires ont pour but de générer des émotions positives chez les enfants, comme chez les plus âgés, afin de perturber, en faveur de la marque, le processus de choix rationnel des produits. De telles publicités entourent « artificiellement » la marque d’un imaginaire émotionnel irréel, de symboles de « liberté » ou de réussite sociale qui n’ont plus aucun lien avec les caractéristiques fonctionnelles du produit. C’est par exemple le cas de l’association de la marque avec des personnages, fictifs ou réels comme des célébrités (des sportifs vantant une marque de boissons ou de barres chocolatées) ou des mascottes amusantes (tigre, lion… sur les paquets de céréales pour le petit-déjeuner).

Ces problèmes ne concernent pas uniquement les plus jeunes, mais également les adultes. Une solution consisterait à réglementer tous les types de publicité pour les produits alimentaires, en rendant obligatoire l’affichage du NutriScore, ce logo nutritionnel à cinq couleurs informant les consommateurs sur la qualité nutritionnelle des aliments, classée de A à E. Mieux informés, les Français pourraient sans doute faire de meilleurs choix dans leurs achats. Cela inciterait également les industries agroalimentaires à fabriquer des produits moins gras, moins salés et moins sucrés. Si les députés se sont récemment prononcés en faveur d’une telle loi, la balle est maintenant dans le camp des sénateurs qui doivent, on l’espère, l’entériner à leur tour.

Écran le soir et manque de sommeil

Les hyperconnectés perdraient du temps de sommeil, près de 2h par nuit. Leur sommeil serait également de moins bonne qualité et ils souffriraient davantage d’insomnies. Deux facteurs entreraient en jeu.

En premier lieu, la présence de lumière bleue émise par les diodes électroluminescentes (LED) des écrans regardés de près est interprétée par le cerveau comme étant la lumière du jour. Celle-ci le maintient éveillé et diminue la sécrétion de la mélatonine, hormone du sommeil. Le moment d’endormissement est retardé. En second lieu, l’excitation provoquée par les vidéos ou les messages consultés le soir nuit également à l’endormissement. Par exemple, quand les personnes, adolescents ou adultes, sont très investies émotionnellement dans les médias sociaux, elles se sentent parfois contrariées dès lors qu’elles sont déconnectées. Elles ont du mal à se détendre lors du coucher, victimes de la FOMO (fear of missing out), cette peur de manquer un nouveau message ou un contenu intéressant.

Or mal ou insuffisamment dormir accroît le risque d’être en surpoids, en plus de provoquer d’autres problèmes, liés par exemple à la mauvaise concentration et mémorisation la journée. Le temps de sommeil est précieux. Il donc est préférable de se déconnecter des écrans une à deux heures avant de se coucher. En définitive, pour les enfants, adolescents et même pour les adultes, une bonne règle à acquérir au plus tôt : pas de mobile connecté, ni écran dans la chambre !

D’une façon plus générale, il peut être bon de relire les conseils sur le bon usage des écrans, en particulier en ce qui concerne l’éducation des plus jeunes. Et de consacrer davantage de temps à des activités hors écrans.The Conversation
Didier Courbet, Professeur des Universités et Chercheur en Sciences de la Communication, Aix-Marseille Université (AMU) et Marie-Pierre Fourquet-Courbet, Professeure des Universités en Sciences de la Communication, Aix-Marseille Université (AMU)

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