L’épidémie de coronavirus fait exploser la fréquentation des banques alimentairesa ux Etats-Unis

En cinq semaines, 26 millions d’Américains ont demandé à percevoir des allocations chômage, selon un dernier bilan publié jeudi. Pour la première fois, nombre d’entre eux n’ont d’autre choix que de faire appel aux banques alimentaires.

L’épidémie de coronavirus fait exploser la fréquentation des banques alimentairesa ux Etats-Unis

« Cette queue ne s’arrêtait pas. J’ai commencé à paniquer. » Eric Cooper, président de la banque alimentaire de San Antonio, au Texas (Etats-Unis), garde un vif souvenir de cette image relayée à travers le pays. Des milliers de voitures garées à l’entrée de son association, jeudi 9 avril. Des milliers de familles ayant un besoin urgent de nourriture. « Tellement de gens attendaient, relate-t-il auprès de franceinfo. Nous avons servi 10 000 familles ce jour-là… 10 000 familles ! »

« J’ai appelé la banque alimentaire et je leur ai dit : ‘Envoyez plus de nourriture’, se remémore Eric Cooper. Je ne sais pas combien de gens vont venir, mais je sais qu’il n’y aura pas assez de nourriture pour tout le monde.’« 

Bénévoles et salariés de la banque alimentaire ont travaillé sans relâche, de 3 heures du matin à la fin de l’après-midi, pour les servir. « Nous avons appelé le maire, qui a envoyé des agents de la ville. En une journée, nous avons distribué près de 500 tonnes de nourriture. »

Cela fait vingt-cinq ans que je travaille pour des banques alimentaires. Je n’ai jamais vu une telle demande.

Eric Cooper, président de la banque alimentaire de San Antonio

à franceinfo

En cinq semaines, 26 millions d’Américans ont perdu leur emploi et demandé à percevoir des allocations chômage, d’après un dernier bilan relayé par Reuters*, jeudi 23 avril.

L’équivalent du nombre d’emplois créés en dix ans a été brutalement supprimé en à peine plus d’un mois, conséquence de la crise inédite liée au Covid-19.

Conséquence : dans le pays le plus touché par la pandémie, avec plus de 800 000 cas et 46 000 morts liées au virus selon l’université Johns-Hopkins*, la demande auprès des banques alimentaires explose.

Une première pour de nombreux Américains

A San Antonio, celle dirigée par Eric Cooper sert désormais 120 000 familles par semaine, contre 60 000 avant la crise sanitaire. Une évolution observée à travers tout le pays : Feeding America, large réseau de banques alimentaires, recense une augmentation de 98% du nombre de bénéficiaires, rapporte CBS News*.

La moitié des personnes aidées à San Antonio n’avaient jamais fait appel à une banque alimentaire auparavant. « Beaucoup des familles que nous aidions étaient à la limite de la pauvreté. Le coronavirus les a plongées dedans. Mais maintenant, nous voyons des familles dont les voitures sont plus récentes, des gens qui ont des belles voitures », observe Eric Cooper.

Ces gens ont peur de perdre leurs maisons. Ils viennent de perdre leur emploi, ou leur conjoint a perdu son emploi.

Eric Cooper, directeur de la banque alimentaire de San Antonio

à franceinfo

Une nouvelle pauvreté constatée aussi à Amherst, dans l’Etat du Massachusetts. La banque alimentaire y a constaté une augmentation de 849% de la nourriture distribuée, entre les mois de mars 2019 et mars 2020, souligne le Guardian*. « Au début de la crise, chaque jour était comparable à notre jour le plus chargé de l’année », relate Lev Ben-Ezra, directrice de l’Amherst Survival Center.

En une journée, nous pouvons avoir autant de familles qui s’inscrivent dans notre banque alimentaire que toutes celles qui s’inscrivaient en une semaine.

Lev Ben-Ezra, directrice de l’Amherst Survival Center

à franceinfo

En cause : la perte de nombreux emplois du fait du Covid-19, mais aussi la fermeture des écoles, qui fournissaient chaque jour des repas aux enfants de la ville.

« Nous avons besoin de dons »

Pour aider ces personnes dans le besoin, le centre dirigé par Lev Ben-Ezra se fournit désormais cinq fois par semaine auprès de la banque alimentaire du Western Massachusetts. Avant cette crise massive, il était nécessaire d’y aller une fois par semaine. « Nous avons radicalement augmenté la quantité de nourriture que nous achetons », poursuit Lev Ben-Ezra. Mais pour cela, « nous avons besoin de dons », insiste-t-elle.

A San Antonio, « nous tenons depuis plusieurs semaines mais nous sommes en difficulté », convient Eric Cooper. Sa banque alimentaire a reçu « des centaines de milliers de dollars de dons », issus de fondations, d’entreprises ou de particuliers. Mais la demande est telle qu’une aide publique est devenue indispensable. Il y a deux semaines, l’association a demandé une aide d’urgence de l’Etat du Texas, d’un montant de 12 millions de dollars, d’après News4 San Antonio*.

Nous n’avions jamais demandé une aide du gouvernement mais il a fallu le faire.

Eric Cooper, président de la banque alimentaire de San Antonio

à franceinfo

Désormais, la banque alimentaire n’a d’autre choix que de rationner un peu la nourriture distribuée. Elle doit tenir sur la durée, tant l’ampleur de cette crise est inédite. « Je m’inquiète de savoir quand cette pandémie va prendre fin, quand cette file d’attente va se terminer, confie Eric CooperNous n’avons aucune visibilité pour l’instant. »

 

Source: Franceinfo

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