France: Première mort d’un enfant de « Kawasaki » liée au Covid-19

Ce jeune patient de neuf ans est décédé à Marseille d’une atteinte neurologique liée à un arrêt cardiaque.

Une maladie inflammatoire sans doute liée au Covid-19 et touchant certains enfants a fait un premier mort en France, un jeune patient de neuf ans, mais ce syndrome proche de la maladie de Kawasaki reste rare, avec 125 cas pour l’instant.

L’enfant est décédé à Marseille samedi dernier d’une “atteinte neurologique liée à un arrêt cardiaque”, a indiqué ce vendredi 15 mai à l’AFP le professeur Fabrice Michel, chef du service de réanimation pédiatrique de La Timone, confirmant une information de La Provence.

Des tests de sérologie ont montré que cet enfant “avait été en contact” avec le coronavirus, mais n’avait pas développé les symptômes du Covid-19, a poursuivi le médecin. Le jeune patient a fait “un malaise grave avec un arrêt cardiaque” chez lui avant d’être transporté dans ce service spécialisé. Il y a reçu “des soins pendant sept jours” avant de décéder, selon le professeur Michel.

Une maladie inflammatoire ayant touché le cœur

Dans son point hebdomadaire jeudi soir, l’agence sanitaire Santé publique France faisait mention du décès d’un “garçon âgé de 9 ans”, après une maladie inflammatoire ayant touché son coeur et sans doute liée au Covid-19.

L’enfant était atteint d’une autre maladie, “une comorbidité neuro-développementale”, a indiqué l’agence sanitaire sans préciser laquelle. Mais selon le professeur Michel, la présence de cette autre maladie n’a joué aucun rôle dans son décès: “Qu’il l’ait eu ou pas, ça ne change rien”.

Cet enfant est le premier à mourir en France d’une maladie inflammatoire vraisemblablement liée au Covid-19. Elle intrigue les autorités sanitaires de plusieurs pays depuis deux semaines, alors même que les enfants ne sont que très peu atteints par les formes graves du Covid-19.

Après une première alerte au Royaume-Uni fin avril, des cas similaires ont été signalés à New York, en Italie ou en Espagne. Les morts sont extrêmement rares, avec un enfant de cinq ans à New-York et un adolescent de 14 ans à Londres.

65 enfants en réanimation en France

En France, 125 cas ont été recensés entre le 1er mars et le 12 mai, dont plus de la moitié en région parisienne, selon Santé publique France. Soixante-cinq enfants ont dû être traités en réanimation et 25 en unité de soins critiques. Les autres enfants ont été hospitalisés en service de pédiatrie. Ce syndrome est “rare et paraît actuellement en cours de régression”, insiste toutefois Santé publique France.

Les symptômes

Sont une forte fièvre, des douleurs abdominales et troubles digestifs, une éruption cutanée, une conjonctivite et la langue qui rougit, gonfle et prend un aspect de framboise. Ces symptômes sont proches de la maladie de Kawasaki, qui touche les enfants et entraîne une inflammation des vaisseaux sanguins.

Toutefois, il existe des différences: le caractère inflammatoire et les atteintes cardiaques sont “beaucoup plus marqués” dans les cas suspectés d’être en lien avec le Covid-19 que dans la maladie de Kawasaki classique, selon Santé publique France.

En outre, la nouvelle maladie peut toucher des enfants plus âgés que la maladie de Kawasaki, qui concerne essentiellement les plus petits. Parmi les cas recensés en France, un tiers avait entre cinq et neuf ans, un peu plus d’un quart entre 10 et 14 ans et environ autant entre un et quatre ans, selon Santé publique France.

Une maladie qui survient environ 4 semaines après l’infection par le Covid-19

Plus de la moitié des cas ont été testés positifs au Covid-19, et “le lien au virus était probable” chez 12% des petits patients, car ils avaient été en contact avec un sujet positif ou avaient eu un scanner qui évoquait le Covid-19. “Ces résultats sont très en faveur d’un lien entre l’infection par le SARS-CoV-2 et cette pathologie”, juge Santé publique France. L’agence sanitaire estime que chez les enfants touchés, cette maladie survient “dans un délai moyen (…) de quatre semaines après l’infection” par le coronavirus.

Les scientifiques qui ont travaillé sur ces cas dans les pays concernés ont émis l’hypothèse d’un emballement du système immunitaire de certains enfants, quelques semaines après l’infection par le virus.

Deux études parues ces derniers jours dans la revue médicale The Lancet ont décrit les premiers cas survenus en Angleterre et en Italie. En Angleterre, six des huit premiers cas observés étaient des enfants noirs, “d’origine afro-caribéenne”, selon l’une de ces études, ce qui pourrait suggérer une piste génétique. L’enfant mort à Marseille était lui aussi “d’origine africaine”, selon le professeur Michel, qui n’en tire toutefois pas de conclusion: “C’est peut être aussi des populations où le virus circule plus”.

L’hypothèse d’une piste génétique liée à l’origine pourrait toutefois être creusée en France, même si les statistiques ethniques y sont interdites.

“Une demande a été adressée à la Commission nationale de l’informatique et des libertés pour pouvoir recueillir l’origine ethnique, ce qui est sensible”, a déclaré au journal Le Monde le professeur Alexandre Belot, de l’hôpital Femme-mère-enfant de Lyon, qui travaille à la recension des cas hexagonaux.

Source: Huffpost

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